La tension institutionnelle qui opposait depuis plusieurs semaines l’Exécutif provincial et l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu appartient désormais au passé. Réunis ce samedi dans la capitale, les acteurs clés de la province ont signé un accord de sortie de crise à l’issue d’une médiation de haut niveau conduite par Aimé Boji Sangara, Président de l’Assemblée nationale, et Norbert Basengezi Katintima, deuxième Vice-président du Sénat.
Cette rencontre de réconciliation, tenue à Kinshasa, marque un tournant pour la stabilité politique du Sud-Kivu. L’initiative s’inscrit dans la volonté du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de prévenir l’escalade des conflits internes et de préserver l’unité des institutions provinciales, dans un contexte où la province fait face à des défis sécuritaires et socio-économiques majeurs.
L’invitation à la table de discussion avait été adressée aux deux parties par le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, qui s’est fait représenter pour l’occasion. L’objectif était clair : ramener les responsables politiques autour d’un même engagement, celui de placer l’intérêt du Sud-Kivu au-dessus des divergences partisanes et personnelles.
Après plusieurs heures d’échanges directs et sans tabou, les discussions ont débouché sur un consensus global. Les participants ont reconnu la nécessité de rétablir un climat de confiance et de collaboration entre l’Exécutif et l’Assemblée provinciale, condition indispensable à la bonne gouvernance et à l’efficacité de l’action publique.
Le point le plus marquant de cette issue reste la signature de 25 documents d’engagement. Parmi eux figurent un code de bonne conduite et un accord-cadre définissant les modalités de coopération entre les deux institutions. Ces textes visent à encadrer les relations institutionnelles, à clarifier les prérogatives de chacun et à mettre en place des mécanismes de prévention et de gestion des conflits futurs.
Les signataires se sont engagés à respecter les principes de dialogue permanent, de transparence dans la gestion des affaires publiques et de respect mutuel des rôles constitutionnels. L’idée est d’éviter que des incompréhensions procédurales ou des rivalités politiques ne dégénèrent à nouveau en blocage institutionnel.
À l’issue de la cérémonie, les représentants du Sud-Kivu ont unanimement salué l’esprit de responsabilité qui a prévalu. Ils ont exprimé leur volonté commune de privilégier le pardon, la réconciliation et la reconstruction d’un partenariat constructif. Plusieurs intervenants ont souligné que seule une entente durable permettra de répondre aux attentes de la population en matière de sécurité, de services de base et de développement économique.
Le rôle de la Présidence de la République a été particulièrement mis en avant. Les participants ont remercié le Chef de l’État pour son impulsion politique et pour avoir favorisé un cadre de dialogue neutre et inclusif. L’engagement personnel d’Aimé Boji Sangara et de Norbert Basengezi Katintima a également été salué comme déterminant dans le dénouement positif de la crise.
Pour Aimé Boji Sangara, cette médiation illustre la fonction d’arbitrage que doit jouer le Parlement national face aux blocages au niveau provincial. Il a rappelé que l’Assemblée nationale ne saurait rester spectatrice lorsque la stabilité d’une province est menacée. Norbert Basengezi, de son côté, a insisté sur l’importance de tourner la page et de bâtir une culture politique fondée sur le compromis et le respect des institutions.
L’accord signé ce 23 mai devra maintenant être traduit en actes concrets sur le terrain. Les regards se tournent vers Bukavu, où l’Exécutif et l’Assemblée provinciale sont attendus sur la reprise du travail législatif et l’adoption des dossiers en souffrance, notamment le budget provincial et les programmes de développement local.
Les observateurs politiques voient dans cette sortie de crise un signal positif pour l’ensemble du pays. Dans un contexte national où la cohésion institutionnelle est un enjeu central, le cas du Sud-Kivu démontre qu’un dialogue structuré, mené avec impartialité, peut désamorcer même les tensions les plus vives.
La Présidence de la RDC, la Primature, l’Assemblée nationale et plusieurs ministères sectoriels, dont ceux des Affaires étrangères, du Budget et de la Jeunesse, ont suivi de près l’évolution du processus. Leur implication témoigne de l’importance accordée à la stabilité du Sud-Kivu, province stratégique à la fois sur le plan géopolitique et économique.
À Walungu centre comme à Goma ville, la nouvelle a été accueillie avec soulagement par les acteurs de la société civile, qui appellent désormais à une mise en œuvre rigoureuse des engagements pris. L’enjeu est de restaurer la confiance des citoyens envers leurs dirigeants et de redonner à l’action publique sa pleine efficacité.
Cette médiation réussie rappelle que la politique, lorsqu’elle est exercée avec responsabilité, reste l’outil le plus puissant pour prévenir la fragmentation et bâtir des solutions durables. Le Sud-Kivu s’offre ainsi une seconde chance pour concentrer ses énergies sur l’essentiel : le développement et le bien-être de sa population.
Yves Sayo