L’opposition politique congolaise hausse le ton. Réunie au sein de la coalition C64, elle appelle à une journée "ville morte" ce mercredi 3 juin 2026 sur l’ensemble de la ville-province de Kinshasa. Objectif affiché: dénoncer la proposition de loi du député Gaspard Ngondankoy relative à l’organisation du référendum, qu’elle qualifie de "dérive constitutionnelle".
La décision intervient après le retrait des élus de l’opposition de l’hémicycle, dont ceux d’Ensemble pour la République, juste avant l’examen du rapport de la Commission politique, administrative et juridique (PAJ). Pour la C64, ce départ symbolise un refus clair de cautionner ce qu’elle décrit comme un "forcing législatif".
Au-delà d’une simple réforme procédurale, l’opposition estime que la proposition de loi Ngondankoy vise à modifier la Constitution pour permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat. Une ligne rouge, selon les opposants.
Dans ce climat tendu, l’Alliance pour le Changement (A.Ch), formation de Jean-Marc Kabund-a-Kabund, a officiellement rallié l’appel de la C64. Le parti demande à ses militants, sympathisants et à toute la population d’observer strictement le mot d’ordre de "ville morte".
L’annonce a été faite ce samedi 30 mai à Kinshasa, lors d’une matinée politique au siège national de l’A.Ch. Devant les militants, Boniface Makobo, secrétaire général adjoint du parti, a détaillé les motivations de cette action.
"Aujourd’hui, il a été question de mobiliser nos bases, nos militants ainsi que l’ensemble du peuple congolais. Vous avez vu ce que le Parlement vient de faire récemment. Cet acte, au niveau de l’Alliance pour le Changement et bien évidemment de la coalition C64, nous l’avons considéré comme une déclaration de guerre", a-t-il déclaré.
Makobo a précisé que l’opposition active désormais l’article 64 de la Constitution, qui dispose que "tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la Constitution".
"Dès ce mercredi, vous constaterez qu’il y aura une ville morte sur toute l’étendue de la ville-province de Kinshasa", a-t-il martelé.
Pour l’A.Ch, la journée du 3 juin dépasse le cadre partisan. Le parti insiste sur le caractère national de la mobilisation.
"L’article 64 ne s’adresse pas seulement aux membres d’un parti politique donné. Il concerne tous les Congolais", rappelle Boniface Makobo. Selon lui, la démarche parlementaire en cours vise à "maintenir le président Félix Tshisekedi au pouvoir et à lui accorder un troisième mandat qui pourrait être porté à sept ans".
"Le président a déjà exercé deux mandats. Nous estimons qu’il a eu suffisamment de temps pour démontrer son action et que le peuple congolais est aujourd’hui en droit d’évaluer son bilan", ajoute le cadre de l’A.Ch.
L’opposition considère que le régime actuel franchit une "zone rouge extrêmement sensible" en tentant, selon elle, de modifier l’esprit de la Constitution pour se maintenir au pouvoir. D’où l’expression de "déclaration de guerre politique" employée par Boniface Makobo.
La journée "ville morte" de mercredi n’est présentée que comme la première étape. "Il ne s’agit que d’un avant-goût des actions envisagées. Une communication sera faite dans les prochaines heures pour préciser les actions qui seront menées jeudi, vendredi et les jours suivants, jusqu’à ce que nous atteignions l’objectif que nous nous sommes fixé", a prévenu le secrétaire général adjoint de l’A.Ch.
Cette action intervient alors que le pouvoir en place qualifie régulièrement l’opposition de "faible et incapable" de mobiliser. La réussite ou non de la "ville morte" du 3 juin est donc perçue comme un premier test grandeur nature de la capacité de la C64 à fédérer au-delà de ses bases.
Le débat sur la révision de la loi fondamentale structure désormais la vie politique congolaise autour de deux coalitions antagonistes. D’un côté, la C64, hostile à toute modification de la Constitution et qui regroupe l’essentiel de l’opposition. De l’autre, la C4, favorable à une révision du texte et qui soutient la majorité présidentielle.
Chaque camp affirme défendre la volonté du peuple congolais. La proposition de loi Ngondankoy sur le référendum agit comme catalyseur de cette polarisation, dans un contexte d’incertitude sur l’avenir institutionnel du pays à l’approche des prochaines échéances.
Yves Sayo