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Les Congolais ont acheté les billets, l’Amérique a dit "restez chez vous"
By GéantRadio
Published on 15/06/2026 06:38
SPORT

À 52 ans de sa dernière participation, la République démocratique du Congo retrouve la scène mondiale. Mais derrière l’euphorie liée au retour des Léopards à la Coupe du monde FIFA 2026, une réalité administrative freine l’élan populaire : l’accès au territoire nord-américain.

Le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a levé un coin du voile sur le dispositif d’accompagnement des supporters congolais. Invité d’un Space animé par Stanis Bujakera, il a annoncé que le gouvernement congolais a sécurisé 1.150 billets par match pour les rencontres de la RDC. Un quota conséquent, destiné à garantir une présence visible des couleurs nationales dans les stades américains, mexicains et canadiens.

Contrairement aux circuits classiques de billetterie FIFA, ces places ne seront pas vendues en ligne au grand public. Elles seront distribuées gratuitement aux ressortissants congolais déjà présents en Amérique du Nord au moment de la compétition. La logistique repose sur le réseau diplomatique : les ambassades de la RDC aux États-Unis, au Mexique et au Canada sont chargées de centraliser les demandes et d’assurer la remise des tickets.

L’objectif est clair selon le ministre : éviter que les difficultés de déplacement n’empêchent la diaspora congolaise de soutenir les Léopards. « Nous avons voulu que ceux qui sont déjà sur place puissent vivre pleinement ce moment historique. 1.150 billets par match, c’est un signal fort envoyé à notre peuple », a-t-il déclaré.

La mesure intervient dans un contexte diplomatique tendu. L’obtention du visa américain et canadien est devenue un parcours du combattant pour les Congolais depuis plusieurs années. Pour cette Coupe du monde, le constat est sans appel.

« Aucun visa canadien ou américain n’a été accordé à nos supporters, y compris aux animateurs officiels de l’équipe nationale », a reconnu Didier Budimbu. Une situation qui a surpris jusque dans les rangs du ministère. Le gouvernement misait pourtant sur des procédures accélérées et des garanties étatiques pour faciliter le déplacement d’une délégation de fans.

Le ministre a également pointé un facteur sanitaire qui a pesé dans la balance : « L’épidémie d’Ebola a compliqué beaucoup de choses ». Même si la dernière flambée remonte à plusieurs mois et reste circonscrite, elle continue d’influencer l’appréciation des dossiers de visa par les autorités d’immigration nord-américaines. Résultat : les demandes collectives initiées par la Fédération congolaise de football association, FECOFA, et le ministère ont toutes été rejetées.

Pour la RDC, cette Coupe du monde 2026 revêt une dimension symbolique unique. Les Léopards disputent leur premier Mondial depuis 1974, année où le Zaïre de Mobutu Sese Seko avait fait ses débuts en Allemagne. Cinquante-deux ans plus tard, la génération actuelle a réussi l’exploit de briser la malédiction des qualifications.

Le tirage au sort a placé les Congolais dans un groupe relevé, mais l’ambition affichée par Sébastien Desabre et ses joueurs est de passer le cap du premier tour. Dans les gradins, la mission sera confiée à la diaspora. Avec 1.150 supporters par match, le gouvernement espère recréer une ambiance à la hauteur de l’événement.

Les ambassades de Washington, Ottawa et Mexico City ont donc reçu instruction d’ouvrir des registres d’inscription. Les critères de sélection n’ont pas encore été détaillés, mais la priorité devrait aller aux détenteurs de passeports congolais en règle et résidant légalement en Amérique du Nord.

Reste la question du transport entre les villes hôtes. Les États-Unis, le Mexique et le Canada co-organisent ce Mondial 2026 sur 16 sites. Pour un supporter basé à Toronto, suivre l’équipe à Los Angeles ou à Guadalajara représente un coût important. Le ministère n’a pas encore communiqué sur une éventuelle prise en charge.

Sur les réseaux sociaux, l’annonce a suscité des réactions contrastées. D’un côté, la diaspora salue l’effort financier du gouvernement pour acheter ce volume de billets dans un marché où les prix explosent. De l’autre, les supporters restés à Kinshasa, Lubumbashi ou Goma expriment leur déception de ne pouvoir faire le voyage.

Didier Budimbu a promis d’autres initiatives : retransmissions géantes dans les 26 provinces, caravanes de soutien, et partenariat avec les médias pour rapprocher les Léopards de leur base. « Nous ne pouvons pas amener tout le Congo en Amérique, mais nous pouvons amener l’Amérique au Congo », a-t-il conclu.

Yves Sayo 

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