La dynamique autour du changement de la Constitution s’intensifie en République démocratique du Congo. Cet après-midi, l’évêque Pascal Mukuna a été reçu à la permanence de l’UDPS/Tshisekedi, à Kinshasa, dans le cadre des consultations lancées ce vendredi par le secrétaire général et président intérimaire du parti, Augustin Kabuya Tshilumba.
Cette rencontre s’inscrit dans la mise en place de la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution, désignée sous le sigle C4. Lancée officiellement mercredi 20 mai 2026, la C4 se veut une plateforme nationale destinée à mobiliser l’opinion publique en faveur d’une réforme du texte fondamental.
Selon le communiqué diffusé par Augustin Kabuya, la C4 entend s’inscrire dans la continuité du « testament politique » laissé par Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Le fondateur de l’UDPS qualifiait la Constitution actuelle de texte « rédigé par les belligérants » et plaidait pour son adaptation aux réalités du pays. 6299f431
Le chiffre 4 retenu pour le sigle n’est pas anodin. Il symbolise les quatre zones linguistiques de la RDC et traduit, selon le parti présidentiel, une volonté d’unité nationale autour de ce projet de réforme. 6299
La Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution se veut inclusive. Elle est appelée à regrouper des partis politiques, des organisations de la société civile, des confessions religieuses et des mouvements associatifs. L’objectif affiché est clair : sensibiliser la population congolaise et obtenir une adhésion massive à la campagne en faveur du changement constitutionnel.
C’est dans cette logique d’ouverture que s’inscrit la réception de l’évêque Pascal Mukuna. Figure religieuse connue pour ses prises de position sur les questions de gouvernance et de société, sa présence aux consultations confère à la C4 une dimension interconfessionnelle dès ses premiers jours d’existence.
Le lancement de la C4 intervient dans un contexte de forte polarisation politique. Un jour plus tôt, l’opposition avait officialisé la Coalition Article 64 ou C64, une plateforme destinée à défendre l’ordre constitutionnel actuel et à s’opposer à toute révision.
Pour les initiateurs de la C64, regroupés autour de figures comme Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, toute modification de la Constitution ouvrirait la voie à un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi. Ils s’appuient sur l’article 64, qui érige chaque citoyen en rempart contre un pouvoir exercé en dehors de la loi.
Face à cette mobilisation, l’UDPS a choisi de répliquer rapidement en structurant son propre camp. La simultanéité des deux annonces révèle l’ampleur du bras de fer politique qui se joue autour de la loi fondamentale.
Avec le démarrage des consultations ce vendredi 22 mai, Augustin Kabuya entend élargir le socle de soutien à la C4. La réception de personnalités issues de différents milieux, dont l’Église, vise à crédibiliser le processus et à lui donner une assise nationale.
Pour l’UDPS, l’enjeu dépasse le cadre partisan. Il s’agit de faire émerger ce que le parti présente comme une « nécessité historique et politique ». Pour l’opposition, il s’agit au contraire d’un danger démocratique à endiguer.
La confrontation entre partisans du changement constitutionnel et défenseurs du statu quo s’impose désormais comme l’axe central de l’actualité politique congolaise. Au-delà des discours, plusieurs observateurs redoutent une montée des tensions sur le terrain, tant l’enjeu est perçu comme existentiel par les deux camps.
La réception de l’évêque Pascal Mukuna marque ainsi une étape symbolique : elle montre que le débat sur la Constitution ne se limite plus aux états-majors politiques, mais s’ouvre aux forces sociales et religieuses du pays.
Yves Sayo